Si le vent tombe

de Nora Martirosyan ⎥ France⎥ 2020⎥ 1h40

Alain, un auditeur international, vient expertiser l’aéroport d’une petite république autoproclamée du Caucase afin de donner le feu vert à sa réouverture. Edgar, un garçon du coin se livre à un étrange commerce autour de l’aéroport. Au contact de l’enfant et des habitants, Alain découvre cette terre isolée et risque tout pour permettre au pays de s’ouvrir.

  • Sélection Officielle Cannes 2020
  • Sélection Acid Cannes 2020
  • Festival du Film Francophone d’Angoulême

A PROPOS DE SI LE VENT TOMBE

La parole aux cinéastes – ACID Cannes 2020 hors les murs.

Il est des films au sein desquels nous ne pouvons pénétrer que par l’abandon de nos certitudes, de notre héritage culturel. Ici, il s’agit, avec le personnage principal interprété par Grégoire Colin, d’investir un minuscule aéroport d’où rien ne décolle, sur lequel rien n’atterrit. Un lieu, comme un sanctuaire, dont notre héros, au terme d’un audit, doit s’assurer de la conformité autant que de l’existence d’un minuscule territoire du Caucase.

Mais c’est à rebours de toute considération rationnelle que Nora Martirosyan nous entraîne. Elle s’emploie ainsi à nous démontrer qu’un territoire, un monde, n’existent en réalité que parce que nous décidons d’y croire. La réalisatrice fabrique avec minutie sa mise en scène en nous plongeant dans des paysages majestueux dans lesquels s’inscrivent ses personnages. Plans et décors ne formant plus qu’une seule matrice dans laquelle des rencontres, des amitiés naissent en dépit de toute raison. Ici, c’est par le prisme de l’émotion que se tissent des liens avec l’autre.
De la journaliste à l’ancien soldat, en passant par le directeur de l’aéroport et le chauffeur, la cinéaste crée des personnages auréolés d’une teinte mystérieuse, presque surréelle. De même, la guerre, les armes et le feu ne sont jamais loin, mais n’ont ni nom, ni visages, ni temporalité. Ils font partie du décor et sont dilués par le « réalisme magique » d’un quotidien ritualisé.

Tous ces éléments mis bout à bout trouvent une place subtile dans un récit construit en réseau. Dessinant le schème d’un territoire à délimiter, de relations inattendues à investir, nous sommes conviés à abandonner nos préjugés et, pour nous en convaincre, il faut suivre le quotidien d’un jeune garçon porteur d’une eau miraculeuse. Allégorie d’un espoir qu’on l’on pourrait distribuer à tout-va, c’est en réalité à une démonstration de la puissance de l’imaginaire que semble définitivement nous inviter la réalisatrice.

Décréter qu’une eau peut soigner, c’est tout autant pouvoir décréter qu’une frontière existe : en somme tout n’est qu’une question de foi. Un arbitraire, une esthétique qui tiennent selon la formule du poète allemand Hölderlin en cette précieuse croyance : l’homme doit habiter en poète.

 

si le vent tombe

Sortie le 18/11/2020

Un film soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine

Distribution : Arizona Distribution