Fleurs d’équinoxe

de Yasujirō Ozu ⎥Japon ⎥1958⎥Couleurs⎥1h55

Avec Ineko Arima, Fujiko Yamamoto et Yoshiko Kuga

Wataru Hirayama, est un cadre supérieur fermement attaché à ses valeurs conservatrices, mais tenant parfois auprès de ses amis un discours progressiste sur l’amour et le mariage. Un jour, un jeune homme se présente à son bureau : il se nomme Masahiko Taniguchi et demande la main de Setsuko, sa fille aînée. La décision d’Hirayama est sans appel : il refuse que sa fille épouse l’homme qu’elle aime…

LE PREMIER FILM EN COULEURS DU GRAND CINÉASTE JAPONAIS 

Premier film en couleurs de Yasujiro Ozu, Fleurs d’équinoxe brosse un émouvant portrait de père de famille tiraillé entre conservatisme et progressisme. Le réalisateur du Goût du saké renoue avec les thèmes qui lui sont chers – la famille et la question de la filiation, l’abandon des traditions – en se plaçant ici du point de vue des parents. Le personnage d’Hirayama observe avec nostalgie la transformation de son quotidien, sans qu’il n’ait d’autre choix que d’évoluer lui aussi. Fidèle à sa mise en scène minimaliste, le cinéaste nippon opte cette fois-ci pour un ton plus léger, humoristique par endroits, loin des mélodrames qui ont pu faire sa renommée (Il était un père, Crépuscule à Tokyo). Fleurs d’équinoxe prouve une nouvelle fois le génie du maître japonais, annonçant ses chefs-d’oeuvre en couleurs à venir !

LA FLEUR D’ÉQUINOXE OU « HIGANBANA »

La fleur rouge qui prête son nom au film est une espèce emblématique du Japon appelée « higanbana », que l’on pourrait traduire par « fleur d’équinoxe ». Également surnommée la « fleur aux 600 noms », elle a pour particularité de fleurir à proximité des cimetières durant l’équinoxe d’automne. De fait, cette fleur d’équinoxe est fortement liée à la tradition, à la mort et à la séparation définitive. Cette symbolique se retrouve chez Ozu à travers la séparation du père d’avec sa fille et le passage de relais d’une génération à une autre. D’un point de vue purement esthétique, la couleur rouge de cette fleur est régulièrement présente tout au long du film : le rouge de la théière, le rouge des lèvres des jeunes filles, celui des habits de la fille cadette d’Hirayama… La fleur d’équinoxe est connue pour être une source d’inspiration pour les poètes japonais, elle l’est également pour le cinéma d’Ozu.

UNE TECHNIQUE À PART

Le réalisateur nippon est célèbre pour sa technique des plus singulières, caractéristique de son travail. Celui-ci avait pour habitude de filmer « au ras du tatami » en multipliant les plans fixes au niveau de l’oeil d’une personne assise par terre. Pour ce faire, il utilisait un trépied situé à 90 cm du sol, forçant le caméraman à s’allonger pour voir dans son viseur. Avant chaque prise, Ozu choisissait le cadrage – les assistants avaient alors interdiction d’y toucher – puis plaçait les acteurs dans le champ. Chaque prise était précisément minutée car Ozu avait pour habitude de mesurer le temps de la façon la plus exacte possible – il minutait même les rushes ! Fleurs d’équinoxe marque une grande évolution dans la carrière d’Ozu : c’est la première fois qu’il tourne en couleurs, à l’aide d’une caméra Agfa Color. Bien que le réalisateur ait longtemps refusé d’abandonner le noir et blanc, ce nouveau procédé lui a été imposé par les studios de la Shochiku, lesquels souhaitaient mettre en valeur leur nouvelle recrue, l’actrice star Fujiko Yamamoto (Yukiko dans le film). Ce recours tardif à la couleur aura donné naissance à quelques-uns des chefs-d’oeuvre du maître nippon (Bonjour, Le Goût du saké).

Distributeur : Carlotta Films

Dans le cadre de la rétrospective ADRC : Yasujiro Ozu partie 2

Sorties en salles le 08 décembre 2004  ; le 20 juillet 2005 et le 1er août 2018 dans le cadre de la rétrospective OZU EN 10 FILMS (version restaurée 2K inédite)

> Fiche et images du film disponibles dans le site du distributeur

> Le dossier de la retrospective ADRC