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Les Mots qu’elles eurent un jour

De Raphaël Pillosio
France | 2024 | 1h24

En 1962 Yann Le Masson filme des militantes algériennes à leur sortie de prison en France. 50 ans après, alors que la bande son a disparu, je pars à la recherche de ces femmes. Une enquête sur leur histoire silencieuse. Un essai sur le cinéma qui figure leur disparition, et pour toujours, les garde vivantes.
Raphaël Pillosio

Film-cicatrice, Les mots qu’elles eurent un jour ausculte une perte sans jamais prétendre la combler. Lorsque deux personnes sourdes s’attellent à lire sur les lèvres des femmes filmées par Yann Le Masson, elles dévoilent des bribes de phrases, des propos amputés par les revirements de la caméra. L’enquête pour reconstituer la bande son perdue restera en suspens, nul happy end ne viendra résorber l’absence, annuler l’opération féroce du temps. La plupart des femmes que Raphaël Pillosio aurait aimé rencontrer sont déjà mortes, mais une autre forme de perte tout aussi cruelle pèse sur son enquête : torturées par les Français, emprisonnées, ces Algériennes poseuses des bombes ou agents de liaison ont ensuite été rappelées à ce que l’on a jugé être leur place, sont retournées, pour la plupart, dans l’ombre de vies domestiques, loin du versant public de la politique. Le passage du temps n’aura pas été synonyme de progrès : l’émancipation a subi un coup d’arrêt sitôt que les femmes ont perdu leur utilité. L’enquête prend alors des airs de prétexte : si les paroles d’époque sont définitivement perdues, partir à leur recherche fournit l’occasion de faire parler ces femmes aujourd’hui, de mesurer un écart temporel, un changement d’époque, et la façon trébuchante dont les sociétés évoluent. Plutôt que d’atteindre une destination, il importait de parcourir ce chemin vers le passé. Yann Le Masson soupçonnait que sa bande son ait été détruite volontairement, pour bâillonner des femmes trop libres. Toujours, l’Histoire gagne à être réécrite.
Olivia Cooper-Hadjian – Cinéma du réel

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